ALEXANDRE OU L’IMPUISSANCE APPRISE

ALEXANDRE OU L’IMPUISSANCE APPRISE

ALEXANDRE OU L’IMPUISSANCE APPRISE

 

 

Je voudrais vous partager l’expérience que j’ai vécue avec Alexandre. Il a doublé sa seconde, a peiné pour la réussir. Arrivé en troisième, la réussite s’est avérée difficile. A tel point qu’il a été exclu de l’école où il se trouvait, en cours d’année et la famille a dû trouver une école qui l’accepterait.

C’est à ce moment que sa famille a demandé à l’asbl REPERES de le rencontrer. Le contact s’est d’emblée installé positivement.

Un jour, il m’a dit : Maintenant, il faut que j’arrête de déconner.
Il a tenu bon le premier mois, puis a repris les anciennes habitudes qui l’avaient précipité en dehors de l’ancienne école.

Quand j’abordais le sujet avec lui, il disait : Ce n’est pas de ma faute, c’est tel prof qui ou c’est les copains qui. Je vais m’y remettre tu sais !,

A l’approche des vacances de Pâques, nous avons fait un nouvel état des lieux pour chaque matière et lui demandais pour chaque cours :

  • Que constates-tu ?

Il répondait étonné :

  • Mais je comprends les cours !
  • Alors, lui disais-je, pourquoi ça ne marche pas ?

Il m’expliquait alors qu’il n’appliquait pas les outils et techniques que nous découvrions ensemble. Alors que lorsque pour chaque cours nous utilisions ces techniques, il me disait :

  • C’est plus facile d’étudier comme ça. Je croyais que cela allait prendre trop de temps. Mais c’est assez rapide.

A force de rater coup sur coup à l’école, il avait perdu la confiance dans ses capacités. Je suis nul, je sais, me répétait-il jusque-là. Les examens sont arrivés et les vacances avec.

Je l’ai retrouvé après les vacances. Ma première question était de savoir si ça avait marché. Il m’a tendu le bulletin. Il faisait la moue. Les mêmes cotes d’échec qu’au bulletin précédent.

Je lui ai demandé :

  • Tu es content de toi ?

Il m’a répondu :

  • Je savais que je raterais de toute façon.

J’intervins :

  • Tu as travaillé en appliquant la démarche que nous avons testée ensemble ?
  • Non, je n’ai pas osé.
  • Mais tu as bien vu que ça marchait ?
  • Oui, mais, tu comprends si je ratais quand même après avoir changé ma manière d’étudier ? J’ai préféré ne rien faire, comme avant.
  • Je ne comprends pas, Alexandre. Tu connaissais les techniques et méthodes qui t’aurais permis de réussir, et tu ne les as pas appliquées. Cela n’a pas de sens, tu sais.
  • Ecoute, maintenant je peux dire que j’ai raté, parce que je n’ai rien foutu. Si j’avais appliqué les techniques que j’ai apprises et que je ratais quand même, je n’te raconte pas le moral dans mes chaussettes.

Il était persuadé que le fait de travailler davantage risquait de révéler son impuissance acquise.

C’est pour éviter cela (…) que l’élève hésitant, préférant paraître fainéant plutôt que stupide, choisira finalement de travailler peu pour sauver son image et (…) sa valeur propre”. (Collectif : Est-il possible de prédire l’évolution de la motivation pour le travail scolaire de l’enfance à l’adolescence ? J.L. Gurtner, A. Gulfi, I. Monnard, J. Schumacher -Revue Française de Pédagogie n°155, avril-mai-juin 2006)

Aujourd’hui, il a encore changé d’école et reste en internat toute la semaine. J’en ai discuté avec lui. Il a choisi lui-même de ne pas rentrer chaque soir.

Ce que je retiens de cette rencontre avec Alexandre, cela c’est qu’en famille, sans être niais, il faut en permanence rassurer les adolescents et les enfants, les encourager dans leurs réussites dans la vie quotidienne, même s’il s’agit de petites victoires.

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