HAUT POTENTIEL (2)

HAUT POTENTIEL (2)

HAUT POTENTIEL (2)

 

 

Il faut considérer notre enfant, notre adolescent dans sa globalité afin de répondre à ses attentes et à ses besoins. Nous allons considérer dans ce second article destiné à mieux comprendre les besoins et les attentes de nos enfants et adolescents.

Aujourd’hui,  nous allons analyser les implications d’un jeune à haut potentiel dans son milieu de vie.

Une curiosité intellectuelle difficile à gérer…

Pour les parents, c’est bien rassurant, même agréable d’avoir un enfant qui a soif d’apprendre, mais quand les repas voire les soirées, ne sont plus qu’une suite de questions intarissables auxquelles il est souvent difficile de répondre, cette curiosité est parfois embarrassante.

Les parents se demandent s’il est bon de répondre à toutes leurs interrogations et peuvent se sentir dépassés. Certains d’entre eux, pour ne pas freiner l’enfant dans ses découvertes, consacrent du temps à se documenter afin de pouvoir répondre ensuite aux questionnements ou passent de nombreuses heures à discuter afin d’aider l’enfant à progresser dans son raisonnement, par exemple lorsqu’il aborde des questions philosophiques. Mais n’est-ce pas un leurre que d’entretenir, chez le jeune, l’idée que l’adulte pourra toujours répondre à ses questions ? D’autre part, dénigrer ses questions et le recentrer sur des intérêts sensés correspondre à son âge biologique risque d’étouffer sa curiosité [i].

Comme chaque enfant ayant la chance de bénéficier d’un environnement stimulant, le jeune à haut potentiel, profitera avec grand plaisir des multiples possibilités d’apprentissage qui lui sont données. Ces stimulations lui sont nécessaires pour assouvir sa soif et développer son potentiel. Cependant, si ce déploiement d’activités doit se faire au détriment d’une vie de famille agréable, si tous les moments de détente sont investis dans cet éveil intellectuel, la situation peut devenir néfaste.[ii]

Ces enfants présentent en effet un souci de perfection et surinvestir leur curiosité (qu’ils développent souvent très bien seuls) peut être source d’angoisse. Sous cette pression, ils risquent alors d’entrer dans une course sans fin au savoir, dont l’unique but est de ne pas démériter aux yeux de l’adulte[iii].

Au niveau familial

Cet enfant à haut potentiel réclame une bonne part de l’attention des parents : les décisions sur le plan scolaire, la curiosité intellectuelle, le mal-être de l’enfant … nécessitent du temps pour être traités avec soin.

Cette situation particulière provoque parfois une certaine jalousie au sein de la fratrie, qui peut également se sentir dévalorisée. Le rang de l’enfant au sein de celle-ci, le nombre de frères et sœurs présents dans la famille,… influenceront la qualité des relations entre les différents enfants. L’aîné, par exemple, qui verra souvent son rôle mis à mal par la présence d’un enfant à haut potentiel de deux ans son cadet, pourrait plus facilement perdre confiance en lui. Cependant, un dialogue ouvert au sein de la famille sur la question du haut potentiel et sur les besoins de chacun permet généralement d’éviter ce genre de dérives.

Les parents d’un enfant à haut potentiel sont également amenés à remettre constamment en question leurs principes éducatifs. Par une logique implacable, ce type d’enfant négocie les décisions, argumente sans cesse pour comprendre la règle (et/ou en trouver les failles), relève toute divergence de points de vue entre les adultes, leur demande sans cesse des explications et des justifications, …ce qui peut être source de tensions pour la famille.[iv]

Les parents restent le point de repère, la sécurité de l’enfant à haut potentiel.  Ce type d’enfant est souvent d’une anxiété augmentée et de leur besoin d’affection. Leur comportement est souvent impertinent et inconvenant. Leur but dans ces situations, c’est souvent de se rassurer sur la stabilité de cette sécurité, mais les actes posés sont parfois difficiles à décoder…[v]

Beaucoup d’énergie et de réflexion en famille. Ces comportements  peuvent avoir une résonnance dans le cadre de la vie scolaire et parascolaire.

Au niveau social

Le phénomène de dyssynchronie, c’est-à-dire de décalage avec sa classe d’âge, peut représenter une difficulté pour l’intégration du jeune à haut potentiel auprès de ses condisciples. Sa curiosité intellectuelle l’amène souvent à avoir des possibilités de raisonnement ou des centres d’intérêts différents de la majorité des enfants de son âge.  Cet enfant ou adolescent sentira sa différence, et souvent aura tendance à s’isoler. Parfois même, il s’enfermera dans des activités solitaires. S’excluant du groupe, il lui est ensuite difficile d’y trouver des amis. Mais ce n’est pas toujours l’enfant qui est à l’initiative de cet isolement. Essayant de s’intégrer au groupe classe, il mettra parfois entre parenthèses ses intérêts et ses possibilités afin de « gagner » l’amitié des autres. Cependant, ses bons résultats scolaires et son raisonnement, qu’il s’efforce pourtant de camoufler, seront stigmatisés. Différent, il sera rejeté, sera un souffre-douleur. Afin de trouver un interlocuteur intéressé, l’enfant à haut potentiel recherchera souvent la compagnie d’enfants plus âgés. Ceux-ci, possédant le même niveau de raisonnement, permettent au jeune de faire des rencontres enrichissantes mais rarement d’engager une relation amicale suivie. En effet, deux enfants de 9 et 12 ans peuvent, par exemple, avoir en commun une passion pour l’astronomie, mais ils auront sans doute en dehors de celle-ci des intérêts et des regards très différents sur la vie. L’enfant à haut potentiel sera alors souvent mal à l’aise, spécialement à la période pré-adolescente où il sera dépassé par les sujets de préoccupations, notamment sexuelles, de ses amis plus âgés.

Difficultés donc jusqu’à un certain âge de se faire de véritables amis, ils sont toujours en décalage à un niveau ou l’autre.

Tous les jeunes à haut potentiel ne présentent pas ce type de difficultés. Vivre dans un milieu familial majoritairement adulte, les aide généralement à trouver des interlocuteurs attentifs et donc à être mieux dans leur peau.

Au niveau scolaire

Les enfants à haut potentiel apprennent plus tôt et plus vite que les autres enfants, mais ils apprennent surtout d’une façon qualitativement différente. Malgré leurs capacités remarquables, certains jeunes ne s’adaptent pas aux rythmes et aux méthodes des études scolaires ; il peut arriver qu’ils n’obtiennent que des résultats moyens ou faibles.

Ces jeunes ont des attitudes qui peuvent perturber la classe. Le professeur ne les comprend pas, alors l’étiquette de mauvais élèves leur est collée sur le front, avec des mises à l’écart dans le fond de la classe.

Les jeunes à haut potentiel ne sont pas nécessairement ceux qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires, ni ceux qui sont les plus attentifs. Ils sont parfois tellement en avance qu’il est difficile de les occuper ou de les intéresser.

Souvent, l’enseignement traditionnel n’est pas adapté parce qu’il ne leur propose pas un environnement assez stimulant.  Ces jeunes s’ennuient. Si bien que beaucoup d’enfants à haut potentiel réussissent très en dessous de leurs possibilités. En effet, leur rapport à l’autorité et aux systèmes rigides, ainsi que leur questionnement perpétuel sur le bien-fondé des choses ou sur des contenus peu ordinaires, leur impatience et leur rapidité de réflexion, … ébranlent le système scolaire en place.

Certains s’organisent et s’adaptent au système en vivant en deçà de leurs possibilités et en cherchant ailleurs, dans leurs loisirs et les activités extrascolaires, des moyens de s’épanouir. D’autres réagissent au système existant et leurs enseignants sont gênés parce que ces élèves détournent les règles à leur avantage rêvassent, utilisent leur créativité pour éviter de faire ce qui doit être fait, détournent les règles à leur avantage, … et donc se marginalisent. Les réactions d’ouverture ou de rejet du système engendrent soit une adaptation relative avec des moments d’ennui, soit l’exclusion, avec en définitive le décrochage.

L’entrée dans l’adolescence est souvent une première confrontation à de réelles difficultés scolaires.  C’est alors le manque de confiance en soi qui commence à s’exprimer face à l’échec potentiel ou réel (l’image de soi est affaiblie). L’adolescent risque de vivre tellement mal qu’il continuera à échouer, allant même jusqu’à penser qu’il n’est pas intelligent. Le jeune se trouve dépourvu face aux difficultés qu’il rencontre : durant les premières années de scolarité, il apprenait sans effort, sans vraiment travailler, sans devoir étudier. Maintenant, il a peur de l’échec qu’il perçoit comme un arrêt irrémédiable de son développement intellectuel. Le jeune n’a plus confiance en ses capacités et il ne dispose pas de méthodes de travail adéquates pour « combler ses lacunes ». Il risque alors de fuir l’école, de refuser de se confronter à une réalité qu’il craint douloureuse ; il préfère décrocher plutôt que d’encourir le risque d’échouer.

Toutes les situations ne sont pas aussi extrêmes. Des jeunes à haut potentiel poursuivent leur parcours scolaire sans trop de difficultés.

Le besoin d’activités extrascolaires

Tous les jeunes sont différents selon leur tempérament ou leurs envies. Cependant, un trait de caractère commun se retrouve chez la majorité d’entre eux : une grande curiosité.

Quelques pistes à ne pas négliger :

  • guider l’enfant dans ses choix de lecture,
  • découvrir l’accès au monde multimédia,
  • favoriser les expositions,
  • aller au cinéma,
  • faire du sport …

Qu’il s’agisse d’activités intellectuelles (lecture, visite de musées ou de lieux culturels, participation à des activités d’animation scientifique, …), sportives (sports d’équipe ou individuels), artistiques (musique, dessin, …), ludiques (jeux soumis à des règles strictes, TV, jeux vidéo, cinéma, cuisine, …) ou encore de type associatif (mouvements de jeunesse, sportifs et autres), ces activités ont souvent un retentissement favorable sur les relations sociales. L’aspect psychomoteur de l’activité peut parfois être mentionné et indique le bénéfice que le jeune peut en tirer. Les difficultés rencontrées lors des diverses activités peuvent être de plusieurs ordres : abandon de l’activité lors d’une crise identitaire, succession d’essais, difficultés d’intégration voire mal-être dû à la collectivité, sensibilité à l’échec ou à l’exigence des animateurs… Souvent considérées comme ressources, soulignons que ces activités – quelle que soit leur nature – représentent également un coût non négligeable, en ce compris le temps consacré par les parents à l’accompagnement du jeune.

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[i] Recherche-action interuniversitaire, Les enfants et les adolescents à haut potentiel, 2002.

[ii] Opus citatum

[iii] Opus citatum

[iv] Opus citatum

[v] Opus citatum

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