JE N’AI PAS LE TEMPS

90% des échecs à l’école et dans ma vie professionnelle s’expliquent par un manque de temps consacré à ces revers. J’ai régulièrement pris le temps de vous rappeler ce fait. Parce qu’il y a une solution pour y remédier et ne plus négliger ce qui est pour moi un souci, une contrariété.

C’est un témoignage personnel que je voudrais aujourd’hui vous raconter. Le rédiger m’a demandé beaucoup d’efforts. Il est resté longtemps dans mes brouillons. Aujourd’hui j’ose vous le partager.

C’était il y a 15 ans. 

Je n’avais plus de temps, ni pour les autres, ni pour moi. Mes amis me disaient : arrête-toi. Ils insistaient : prends du temps pour toi. Mais je ne les entendais pas.

Un matin, dans le miroir de ma salle de bain, je me suis regardé et je ne me suis pas reconnu. Qui était donc cet étranger qui me fixait dans le tain du miroir ?

Des proches que je rencontrais me disaient fréquemment : t’as vu ta gueule ? Tu en tires une de tronche. Je ne savais pas alors que l’on pouvait tirer la gueule de l’intérieur.  Les autres  m’énervaient, je me fâchais sans raison. Je partais furieux. Je courais ailleurs. Je courais à m’essouffler parce que je n’avais plus de temps pour moi. Je me réfugiais dans plein d’activités, de réunions, pas pour rencontrer les autres, mais pour me fuir.

Six mois plus tard un accident de voiture m’a arrêté. Comas, soins intensifs, deux années d’hôpital rythmées par 16 opérations et une longue revalidation. J’étais arrêté de force. Je pouvais prendre du temps pour comprendre que je devais être mort et apprécier que je fusse toujours en vie.

La cause de cet accident ?

J’étais aspiré par tout ce qui se passait autour de moi, je ne contrôlais plus rien. Je ne mesurais plus le temps, je n’avais plus de temps pour m’occuper de moi. Je me laissais emporter par la vitesse et je me laissais gagner par le stress des autres, du monde. Je passais mon temps à regretter que je n’avais pas pu prendre le temps de faire telle chose ou telle autre. J’étais prisonnier de ma vie et je courais derrière.

A l’hôpital, j’ai trouvé le temps de réaliser plein de choses. Je n’avais rien à faire, c’est donc que j’avais tout à faire. J’ai écrit deux bouquins. J’ai rencontré plein de gens, des visiteurs bien sûr, le personnel hospitalier, j’ai revu des personnes que je n’avais pas le temps de voir avant. Mais surtout, j’avais le temps de m’intéresser à moi, et plus à ce que les autres pourraient penser de moi.

Une liberté retrouvée

J’avais compris que pour être libre,  je devais habiter le temps qui m’était offert. C’est quand je crois que je n’ai rien à faire que je suis libre de faire ce que je veux.  J’ai retrouvé le temps d’aller au cinéma, au concert, de lire, d’écrire, de réaliser ce qui compte pour moi. Et quand j’ai fait tout ce que j’aime, il me reste tout le temps nécessaire pour faire mon métier, prendre mes responsabilités, tenir mes engagements.

Si je parviens, aujourd’hui, à remplir mon contrat de travail, à rencontrer mes amis et ma famille et à me détendre, c’est uniquement parce que une fois par semaine, souvent le dimanche, je m’isole pour passer du temps avec moi.

A la foire agricole de Libramont, pour la RTBF où je travaillais, j’ai rencontré le directeur d’un groupe d’entreprises dont le logo est une fleur. Il m’avait alors confié que chaque semaine, il passait une demi-journée dans une pièce, seul, avec seulement un crayon et une feuille de papier

Je lui ai demandé ce qu’il faisait pendant toute cette demi-journée alors qu’il avait tellement de responsabilités.

Il m’a répondu : Vous voyez cette fleur ?  Et il me  montre le logo du groupe.
Oui, ai-je répondu.

Et il a repris : Comme toutes les fleurs, pour survivre, elle a besoin d’être arrosée. C’est ce que je fais dans cette pièce. J’arrose la fleur.

Si je vous raconte cette expérience de vie et cette rencontre, c’est parce que souvent nous nous précipitons dans l’action sans prendre le temps de la réflexion parce que  « je n’ai pas le temps », me direz-vous.

Arroser la fleur

Si je n’ai pas le temps, c’est qu’il me faut le prendre pour réfléchir à ce que je fais.

Si vous n’ai pas le temps de me relaxer, c’est qu’il est temps de me relaxer. Si je n’ai pas le temps de faire mon travail scolaire ou, si je suis au boulot, professionnel, c’est qu’il est temps de prendre le temps de travailler régulièrement. Un peu chaque jour.  Si je n’ai pas le temps de prendre des vacances, c’est qu’il est urgent de prendre des vacances.

Une fois par semaine, je m’arrête.

Je construis mon planning pour être sûr d’avoir le temps de faire tout ce que je veux faire sans négliger ce que je dois faire pour réussir mon métier d’étudiant ou ma vie professionnelle.

Lorsque j’étais étudiant, il m’arrivait souvent de mal lire l’énoncé d’un problème et de construire une solution complexe à un problème qui ne m’avait jamais été posé. Si je m’en rendais compte avant la remise de la copie finale, il ne me restait plus qu’à tout recommencer. Si je ne m’en rendais pas compte à temps, c’était le zéro assuré. Je me précipitais sur l’exercice sans prendre le temps de comprendre.

Il m’aurait suffit de prendre le temps de lire l’énoncé en prononçant chaque mot pour vérifier que je les comprenais et pour comprendre ce que l’on me demandait, pour comprendre la consigne.

Une chose à la fois. Un temps pour chaque chose. Alors j’ai tout le temps de faire tout ce que je veux, tout ce que je dois et il me reste encore du temps pour d’autres choses si je le veux.

Jean-Pierre Pirson

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