Les Mots Valises

Les Mots Valises

Les Mots Valises

 

 

La semaine dernière, je vous entretenais du fait que le sens des mots est tributaire de notre histoire, de notre vécu et qu’en ce sens ils n’ont pas le même sens qu’au dictionnaire.

Aujourd’hui, je voudrais évoquer les mots valises. En fait, ces mots-là constituent le bagage de mots des adolescents. Ils deviennent le référentiel avec lequel ils appréhendent l’univers selon leurs centres d’intérêt, leurs passions. Ils sont utiles aux adultes bien sûr pour comprendre l’univers verbal de leurs enfants. Nos jeunes manifestent la recherche d’identification de leur terrain culturel, et déterminent, notamment, leur mode et leur attachement au Smartphone et à tous leurs dérivés.

Je pratique le « skate » ou le « roller »

Pour celui qui ne pratique ni le « skate » ni le « roller » … il s’agit simplement d’une planche à roulette sur laquelle des jeunes roulent dangereusement dans des espaces publics. Ou de chaussures à roulettes qui constituent le même danger potentiel sur la voie publique. Ah ! Les jeunes ! De plus en plus, les communes reconnaissent le phénomène et créent des lieux spécifiques pour ces pratiques : les « roller-skate Park ». Il faut sécuriser. Même si les jeunes concernés n’aiment pas trop qu’on limite leur liberté.

Pour ceux qui pratiquent le skate ou le roller, c’est un instrument d’autonomie, la vie roule à défaut de bien marcher (lol). C’est un phénomène de bande. Il y a une mode. Et les bandes prendront possession des Skate-Park. Ils itinèrent d’un parc à l’autre, pour en apprécier la qualité.

Ces bandes-là sont une forme nouvelle de vie associative sans hiérarchie ni organisation. Il faut prendre au sérieux ces phénomènes. Toutes les formes de loisirs, tous les talents secrets sont des leviers pour la motivation.

Je me “nike” … je me « pumatise » … je m’« adidasise » …

A toutes les activités correspondent des chaussures, des tenues adaptées, des rituels, des manières de se reconnaître, un vocabulaire spécifique.

Si vous proposez à un groupe de jeunes de revêtir un uniforme, ils ne seront pas chauds, voire même ils refuseront.

On ne veut pas d’uniforme, mais de nombreux signes attestent que l’être humain a besoin de signes de reconnaissance.

Il y a un costume qui sied à la pratique du skate-board ou du roller ; des chaussures de marque qui distinguent chacun en le mettant sur le même pied que les autres. Cela correspond à un besoin de repères. C’est un phénomène positif quand j’en suis conscient.

Je m’habille de “piercings » et de tatouages

Je m’exprime peu ou pas. Je suis (verbe « suivre ») le troupeau. Ou je suis dans le troupeau.

Sur mon corps, je m’exprime. Ma peau est le carnet de notes de l’écriture de ma vie. Un espace de liberté que je cache ou que je montre selon mon degré de confiance. Je donne du corps à mon existence. J’existe avec mon corps.

Je m’habille « Sagger »

Le sagger, c’est ce jeune homme ou cette jeune fille qui porte des pantalons trois fois trop larges ou trop serrés qui lui tombent bien sur les hanches voire même sous les fesses afin de montrer le tout nouveau caleçon ou joli boxer et faire connaître la marque de leur dernier shorty – terme utilisé par les marques. Certains sociologues y voient l’apologie du corps, la manifestation d’un narcissisme exacerbé. Sans doute est-ce aussi une forme de provocation face à la société formatée de bourgeoisie convenue. S’identifier par ses sous-vêtements et vêtements peut en être un signe.

Mes T-SHIRTS

Un fait de société à mentionner : la fréquence des T-shirts qui affichent une marque ou un produit. Comme si j’étais chargé d’assurer la promotion d’une marque. Le plus étonnant est que je ne sais même pas que le vêtement choisi dans l’armoire porte le label de telle marque. Je n’en ai pas conscience. C’est une habitude qui s’inscrit dans les tendances d’une société hyper-commerciale. Je deviens sans même le savoir homme ou femme sandwich pour les marques qui me distinguent.

Je suis « connected people »

GSM, PS4, MP3, IPOD, IPAD, IPHONE, SMARTPHONE … SMS, chat (conversation), mail … I am a connected people. J’envoie des communiqués à des pots, à des inconnus. Mes relations dérivent vers le virtuel.

N’ai-je personne à qui parler en live, en chair et en os …. A moins que je ne n’ose leur parler. Que je ne sache pas ce que je veux dire aux personnes en face de moi… Les écouteurs deviennent mon gîte. Je deviens autiste dans mes relations, ma musique est mon bastion… J’utilise un pseudo pour me dire. Je vis au pays de mon blog. J’ai mon My space, mon Facebook , mon Instagram, mon snapschat … Je fais partie d’un réseau social virtuel.

Ces outils peuvent être pertinents, bien sûr, ils m’offrent l’opportunité d’un immense réseau. Mais ne marquent-ils pas aussi un enfermement sur moi-même ? La confidentialité affirmée de ce réseau est-elle réelle ou concrète ? L’actualité de ces dernières semaines semble témoigner du contraire ?

Je voulais épingler aujourd’hui l’importance en tant que parents ou professeurs de ces faits de vie pour comprendre ce que vivent nos adolescents et apprendre à les regarder autrement pour tenter de les comprendre.

Quelques citations pour quadriller votre point de vue et votre action

Le style est le vêtement des pensées.

(Philip Dormer STANHOPE)

Les vêtements nous ont donné l’individualité, les distinctions, la politique sociale. Les vêtements ont fait de nous des Hommes, ils menacent de faire de nous des Porte-habits.

(Thomas CARLYLE)

Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité.

(Albert EINSTEIN)

La science, c’est ce que le père enseigne à son fils. La technologie, c’est ce que le fils enseigne à son papa.

(Michel SERRES)

La technologie hypnotise nos enfants. (Steve LAMBERT)

La technologie est une chose fabuleuse qui rend la personne ennuyeuse.

(Daniel GODIN)

La technologie est une nouvelle arme qui tue la force de l’homme.

(Saindou SALIM)

Les interdits frustrent les dialogues. Dialoguer sans vouloir persuader. Mais mettre des limites. Vérifier avec vos filles et vos fils.

Laisser un commentaire

14 + 10 =

Fermer le menu