L’IMPORTANCE DES RITUELS A L’ECOLE

Philippe MEIRIEUX précise : Il n’y a pas de société possible, en effet, sans rituels, pour signifier ce qui, précisément, « fait société ». Et pas d’institution sans rituels, non plus, pour instituer concrètement « ce qui fait tenir les humains ensemble » et les relations qu’on veut promouvoir entre eux. Ainsi la justice a-t-elle besoin de rituels, non pas – ou pas seulement – pour impressionner les justiciables, mais pour instituer un type de prise de parole qui évite de laisser la violence s’imposer et la loi du plus fort l’emporter.

Pas de société et pas d’institution, donc, sans rituels qui témoignent de leurs valeurs, expriment les principes qui permettent de les incarner et soutiennent les efforts des personnes pour « faire société » ensemble. Et, donc, pas d’éducation et d’enseignement sans rituels.

L’enfant et l’adolescent ont besoin de rituels structurants

Tant à la maison, qu’à l’école. Cette semaine nous allons explorer les rituels scolaires à l’école, la semaine prochaine, nous parlerons des rituels à la maison.

Pas d’enseignement sans rituel

Célestin Freinet prônait le matérialisme pédagogique : organisation de l’école et de la classe, le mobilier et le matériel, la décoration et les ressources, les consignes et les règles présidant aussi bien à la prise de parole qu’aux déplacements… en fonction de ce que nous voulons faire apprendre aux enfants !

Et Philippe MERIEUX de renchérir : Enseigner suppose des espaces et des temps clairement dévolus à l’apprentissage. Plus encore, cela suppose que l’on mette en place des dispositifs spatio-temporels, des règles de fonctionnement fermes et lisibles qui suscitent la posture mentale requise par le type d’apprentissage visé. 

Constats des dysfonctionnements d’aujourd’hui dans la plupart des classes

Le bruit est omniprésent, quand les professeurs enseignent, il y a un bruit de fond permanent qui perturbe les élèves. C’est ce dont témoignent les élèves que nous accompagnons à l’ASBL REPERES. Comme si les professeurs craignaient la réaction de la classe. Ils se contentent parfois d’un cri pour ramener le silence ou de collectivement punir la classe entière. Les rituels ne peuvent prendre place dans un tel climat.

Le Collectif TOUS A L’ECOLE consacre un important chapitre aux rituels à l’école. Ces rituels permettent de créer les conditions favorables aux apprentissages. Il construit un cadre sécurisant permettant à l’élève d’oser entrer dans les activités d’apprentissage et de se mettre en danger, en risque d’échec.

Le rituel permet de structurer la vie de l’élève et propose des REPERES d’espace (la classe où le cours a lieu). Des repères de temps (journée, semaine, mois). Des repères de progrès (en fonction des acquis).

Les responsables de ce collectif affirment que le rituel permet la construction de savoirs et de savoir-faire dans divers champs disciplinaires. Le rituel répond aussi, pour certains élèves, à un besoin d’appropriation, par sa régularité et sa fréquence. Il développe la mémoire par sa répétition, des capacités d’anticipation, de la confiance en soi et de l’autonomie par son caractère connu.

Les caractéristiques contractuelles du rituel

Une fois le rituel installé, il devient contractuel

  • l’élève sait ce qu’il doit faire, comment et quand. L’élève sachant ce qu’on attend de lui peut alors anticiper. Pour certains élèves en difficulté, c’est l’aspect répétitif de l’activité qui leur permet progressivement d’entrer dans le contrat. 

Ce contrat est parfois didactique

  • Il est alors en lien avec un domaine d’apprentissage : en lien avec un domaine d’apprentissage. Dans un rituel de calcul mental débutant une séance de mathématiques, lorsque l’enseignant demande aux élèves de prendre leur cahier d’exercices, ils savent qu’ils auront à noter dessus avec le stylo adéquat le résultat de l’opération donnée. Le rituel permet donc de travailler des contenus d’apprentissage mais aussi des méthodes et des démarches de travail. Par son aspect répétitif, il peut permettre à l’élève d’établir des comparaisons sur ses performances, au jour le jour et au fil du temps, et peut être pour lui révélateur de ses progrès.

La forme et le contenu des rituels sont d’ailleurs amenés à évoluer au cours du temps, ce qui leur permet d’étayer et d’accompagner les savoirs. Le contrat attaché à un rituel peut être lié à des fonctions sociales. Par exemple, se mettre en rang pour sortir dans la cour permet tout à la fois d’être reconnu comme membre du groupe et de délimiter la place de chacun dans le groupe.

Différents types de rituels

Certains sont particuliers à l’institution scolaire, d’autres utilisés dans les autres lieux de vie de l’enfant ou de l’adolescent. Ils aident aux apprentissages fondamentaux ou aident à construire un espace d’autonomie.

Ils peuvent être de politesse, de transition, de rupture, de passage, mais aussi culturels, traditionnels en lien avec la mémoire collective.

MOBILISER L’ATTENTION

  • L’élève se tient debout à côté de sa place et attend le signal pour s’asseoir.

L’élève sait ainsi que le temps de la famille, le temps de récréation est dépassé. Le cours commence …

  • On peut aussi amorcer un apprentissage en mobilisant l’attention avant de se concentrer sur un apprentissage. Par exemple, en mathématique un rituel de calcul mental ; pour les cours d’éducation musicale, le rituel d’écoute d’une œuvre musicale ; pour les cours artistiques, observation d’une peinture, d’une sculpture peut introduire un travail en arts visuels ; en français, lecture vivante d’un livre par épisodes ; en sciences, une expérience amorçant la matière … Créativité bienvenue !

ASSEOIR LES REGLES DE VIE SOCIALE A L’ECOLE

  • Collectivement ce rituel a une portée symbolique : un sentiment d’appartenance au groupe, il permet aussi au professeur une gestion de l’hétérogénéité : dire bonjour, au-revoir, demander l’autorisation de se déplacer dans la classe, lever le doigt pour poser une question …
  • Le rituel peut aussi contenir des activités distinctes qui seront réparties au sein du groupe : des responsabilités partagées entre élèves, par exemple, pour le cours de sciences, relever les températures, les lire ; ou pour un autre cours, rechercher sur internet (ordinateur ou tablette). Le professeur propose ce rituel à tous, mais répartit les actions diversifiées en fonction des élèves et de leurs besoins.

RITUELS DE POLITESSE

En début de journée, je dis bonjour aux copines et copains. Au début des cours, je salue le professeur. Se regrouper pour dire bonjour.

RITUELS DE RUPTURE

En fin de journée, je range mes livres, mes cahiers dans mon sac, je dis au-revoir aux copains et copines, ainsi qu’au professeur.

RITUELS DE TRANSITION

Selon l’âge, ils sont importants : rupture avec le temps de la famille, avec l’extérieur, avec la récréation, avec le soin, … ils permettent au jeune de conserver, même en cas de maladie, une continuité malgré les changements.

Concrètement, en entrant en classe, l’élève peut commencer par poser son sac à sa place ou aller prendre ses livres dans son casier.

RITUELS CULTURELS OU TRADITIONNELS

Ils vont structurer la vie de famille, la vie de la classe, tels que fêter les anniversaires, décorer la classe au moment de Noël, chanter des chansons du répertoire culturel.

RITUELS D’ACCUEIL

Dans les écoles secondaires, une semaine d’accueil est réservée aux élèves qui arrivent de l’enseignement primaire. Ainsi, ils découvrent leur nouvelle école, les espaces (couloirs, classes, laboratoire de langues, salle de sport, réfectoire, les vestiaires, … A chaque heure, ils changeront de classe.

RITUELS DE POSTURES ET D’HYGIENE

Les POSTURES sur la chaise ou le banc : se tenir droit, être bien assis. Côté HYGIENE : se laver les mains avant de manger, après un atelier …

RITUELS DE PRISE DE PAROLE

Les élèves ne parlent pas tous en même temps, ils doivent demander la parole… Ainsi se construisent peu à peu des règles d’une vie collective. 

RITUELS D’ACCUEIL DE L’ELEVE MALADE

Il ou elle revient après un temps de rééducation ou bien après une convalescence. Une vigilance particulière de la part de l’enseignant pour que le jeune puisse être véritablement inclus dans le groupe de ses pairs et puisse entrer dans les situations d’apprentissage.

Il s’agit de le valoriser par quelques paroles d’accueil, qui lui montrent l’attention qu’on lui porte sans le stigmatiser. De la même façon, sa prise de parole devra souvent être encouragée.

  • LES ELEVES EN CHAISE ROULANTES : réfléchir à l’organisation des déplacements, des entrées et sorties pour que l’élève ne soit pas isolé(e), organiser un tour de rôle entre élèves.
  • Pendant son absence, des élèves de la classe ont pris des notes pour ne pas qu’il soit perdu à son retour. Un ou une élève avec qui le malade s’entend bien et qui habite près de son domicile lui porte ses devoirs, travaux à réaliser, le tient au courant de ce qu’il se passe en classe …

DES SUPPORTS OU OUTILS

Ils peuvent être utiles : affiches, objets référents, tablette … seront le déclencheur d’une action ou activité. Au premier degré, cela est indispensable.

  • Certains pictogrammes peuvent être utilisés pour indiquer une activité comme un œil indiquant un moment d’observation, ou un vêtement qui indique l’endroit où le manteau doit être placé. L’utilisation des pictogrammes va renforcer la compréhension des élèves avec difficultés cognitives.
  • La tablette numérique peut être utilisée de façon ritualisée pour une activité spécifique ou pour un travail en autonomie à certains moments de la journée, pour travailler une compétence ou réaliser un projet comme filmer des interviews pour le blog de l’école.

Qu’ils soient marqueurs temporels ou porteurs de règles sociales, qu’ils soient des intermèdes pour se concentrer ou changer d’activité, qu’ils permettent de réactiver des acquis ou de mémoriser durablement, les rituels s’inscrivent dans la vie de la classe, au sens où ils visent toujours à favoriser les apprentissages et/ou la socialisation.

  • Marqueurs de temps ou de durée, ils concernent principalement la date, l’emploi du temps, le programme ou bilan des activités de la journée ou de la semaine.
  • Porteurs d’organisation collective, on les trouve dans la répartition des responsabilités, des rôles (tableau de répartition des tâches de vie de la classe sur la semaine comme compter les élèves qui mangent à la cantine, arroser les plantes … installer le matériel de certaines activités, aller jeter les éléments recyclables…), dans les outils relevant présences ou absences, dans l’organisation des déplacements (le groupe ne quitte pas la classe avant d’être rangé par deux, l’élève quitte sa place quand son travail est terminé…) et des rangements (chaque chose à sa place, à la fin de l’activité, le matériel est rangé grâce à des indications écrites ou en pictogrammes).

Supports de contenus didactiques

Les rituels peuvent être installés dans la majorité des champs disciplinaires. En voici quelques exemples repris sur le site de ce collectif  : 

LA BOITE A ENIGMES

Chaque jour, un élève pioche un papier contenant un mot ou une phrase qu’il lit à tout le groupe, pour lancer une activité. Il peut s’agir de :

  • « Mots cousins » : trouver ce qui relie deux mots (il peut s’agir de synonymes, de contraires, d’homonymes…).
  • « Mot du jour » : découverte d’un mot écrit ou représenté par une image avec sa définition, d’une expression française.
  • « Jeu d’Identité » : savoir son nom de famille, son âge, le nom de sa rue, le nombre de frères et sœurs, sa couleur préférée etc…
  • « Phrase du jour » : que l’on peut décliner dans de nombreux domaines. Par exemple, il peut s’agir d’une activité de grammaire, en lien avec la progression, comme identifier le sujet de la phrase. L’activité peut être la même sur toute la semaine pour consolider des acquis.
  • « Virelangues » : phrases courtes et difficiles à prononcer oralement et rapidement comme Suis-je bien chez ce cher Serge ?, qui permettent un travail de diction ou d’expression orale et qui peuvent être dit dans le cadre d’un concours par équipe…
  • Charade, devinette, recherche d’intrus (ex : monnaie, clou, théâtre, maison. Réponse : le clou. C’est le seul qui n’a pas de pièces.)
  • Enigme mathématique (ex : une énigme chiffrée comme « Il y a 4 A… D… dans un R… », 4 angles dans un rectangle).
  • Problème mathématique, qu’un élève présente aux autres ou qu’il place dans un cahier pour une recherche individuelle

AUTRES MODALITES ET AUTRES SUPPORTS POSSIBLES

Poursuivons avec les auteurs :

  • « Un jour, une découverte » : une fiche avec photo et texte présente une découverte, un scientifique…
  • « Qui suis-je ? » est un rituel en histoire où chaque jour à la porte de la classe est affichée une image représentant un personnage historique ou un texte le décrivant et que les élèves doivent découvrir.
  • « Un jour, un lieu » sur le même principe avec un lieu, une ville, un monument et qu’il faut ensuite situer sur une carte de France ou un globe terrestre

En éducation physique et sportive

  • On peut proposer de petits exercices ritualisés de mobilisation des articulations, de mobilisation des muscles du visage par un exercice de grimaces, de reconnaissance des bruits par une écoute attentive de son environnement, autant de rituels possibles qui mobilisent le corps et réduisent les tensions pour gagner en concentration. Certains aménagements seront nécessaires avec un élève dont la maladie a des répercussions motrices ou sensorielles. Dans certains cas, ce peut être lui qui lance et arrête l’activité. Ou bien on peut associer plusieurs activités sur un même temps. Par exemple, exercices ritualisés d’EPS pour un demi-groupe et écoute de l’environnement pour l’autre… Il faut imaginer comment proposer, simultanément, à chacun, des activités accessibles et ayant du sens.

Concernant les activités artistiques

  • On peut proposer une écoute musicale quotidienne et/ou l’observation d’une œuvre plastique, comme cela a déjà été évoqué.

Rappel des contenus de l’article

  • Les rituels scolaires sont indispensables pour les élèves, quel que soit leur âge.
  • Ils aident à développer la socialisation et facilitent les apprentissages.
  • Leur variété est extrême et des rituels doivent être aménagés pour répondre aux BESOINS EDUCATIFS PARTICULIERS DE CERTAINS ELEVES.
  • Les rituels sont des repères essentiels pour les élèves malades dont la scolarisation est souvent fragmentée du fait de l’absentéisme et de la multiplicité des lieux de scolarisation.
  • Ils peuvent être mis en place tant à l’école ordinaire, qu’à l’école de l’hôpital et à domicile.
  • Il est important de transmettre et de partager les rituels avec les familles.

Philippe Mérieux met en évidence que l’on ne respecte des rituels que lorsqu’on adhère aux principes qu’ils incarnent, ou bien parce que l’on craint une sanction, ou encore parce que, comme le souligne Eveline Charmeux, « il y a parfois une certaine jubilation à manifester les apparences de respect à l’égard de ce ou de ceux que l’on méprise » et dont on se moque intérieurement. Certes, il y a bien une « force d’attraction » de certains rituels qui, par l’émotion à laquelle ils appellent, exercent une véritable fascination sur les imaginaires et ont une sorte de pouvoir quasiment hypnotique sur les individus, mais on ne peut construire notre République (démocratie) sur ce type de comportements, au risque de côtoyer la manipulation et de basculer vers un fonctionnement gravement manipulatoire de notre symbolique républicaine. C’est pourquoi il faut, à mon sens, réfléchir sur la notion même de rituels et préciser le rôle qu’ils peuvent avoir dans une formation à la citoyenneté qui soit aussi – et c’est notre ambition légitime – une éducation à la liberté.

Share Button

Les commentaires sont clos.