OLIVIER ET LES AVATARS DE LA DIFFÉRENCE !

OLIVIER ET LES AVATARS DE LA DIFFÉRENCE !

OLIVIER ET LES AVATARS DE LA DIFFÉRENCE !

 

 

Olivier, je l’ai rencontré quand il était à l’institut Saint-Benoît d’Habay-La-Neuve. C’était un adolescent sensible doté d’une personnalité originale et d’une intelligence remarquable. Il est arrivé à l’internat de l’école.  Il participait aux rencontres que j’organisais, au moins une fois par semaine. Nous sommes restés en contact. Il m’a envoyé un témoignage long et détaillé. Je vous en livre des extraits.

C’est vrai, je le reconnais, mes parents ont tout essayé pour m’intégrer dans la vie sociale. Et toi, tu as tout fait pour que je puisse m’adapter à l’école.

J’aurais voulu y vivre un cursus scolaire normal. Foncer à travers les années en naviguant sur l’océan des matières scolaires pour arriver sur le continent Rhéto. Puis, de là, conquérir l’université et cela sans l’escale  technique du redoublement, ou du moins, ayant terminé mes humanités et me choisir une profession, puis fonder une famille. N’oublions pas que j’avais déjà perdu trois années.

J’avais mes chances, soit facteur des postes, soit ambassadeur, … suivant mon assiduité aux cours. C’était sans compter sur le fait que cet océan était parsemé d’icebergs et de récifs.

Ces icebergs sont d’abord les idée qu’ont certains que la place de la personne handicapée se trouve dans un milieu  psychiatrique ou médico-éducatif. Toi, tu as toujours été convaincu que le milieu scolaire traditionnel pouvait m’offrir mes chances et mes parents et moi partagions cette conviction.

Les autres élèves auraient préféré qu’à l’instar des autres établissements, on aurait dû également me mettre à la porte. Ils ont voulu me chasser eux-mêmes de l’école ou du moins essayé que je déclare forfait. Tous les moyens ont été bons pour arriver à cette fin … 

Pour un adolescent, recevoir dans sa classe un condisciple porteur d’un quelconque handicap signifie se retrouver dans une école spéciale, c’est à dire revêtir lui-même la peau d’une personne moins valide, être considéré comme un handicapé.

Dans la tête de certains, le contacte avec une personne invalide risque de lui faire attraper ce handicap, la peur de la contagion, qui a survécu à la période des grandes épidémies de peste, demeure encore présente dans les esprits. Cette crainte se transforme en rejet et en haine de la personne différente. Ces croyances sont partagées par certains parents.

Les élèves de mon  école étaient ravis par le départ de Christophe, lui aussi différent.
ils avaient fini de supporter sa présence et voici que j’effectuais ma joyeuse entrée.
Il fallait donc me faire quitter les lieux.

Mais ils étaient conscients que toi, Jean-Pierre, tu ferais tout ce qui était en ton pouvoir pour empêcher mon expulsion scolaire, pour eux c’était une véritable trahison. Tous les moyens furent bons pour essayer de m’inciter à quitter par moi-même l’établissement.

Les mots blessants : handicapé parfois contracté en « handic » ou remplacé par B2 (chaînon manquant entre la bête et l’être humain).  Les coups, leur spécialité étant de considérer mes pieds comme des boulevards, cracher sur mon visage ou dans ma nourriture, ou envoyer dans mes narines la fumée de leur cigarette.

Ce témoignage d’Olivier est pour moi bouleversant. Il montre comment les élèves peuvent être cruels avec ceux qui sont différents d’eux. Je voudrais apporter une nuance à ce témoignage. Seulement, certains élèves ont été odieux avec lui. Mais, il est vrai qu’une poignée d’individus suffit à pourrir la vie en internat d’une personne différente.

Sa grande différence ne tenait pas tellement à son handicap, mais à sa grande sensibilité et intelligence.  Il osait aller vers les autres, même s’il savait qu’il ne serait pas le bienvenu auprès de certains.

Merci Olivier pour tout ce que tu es, je suis heureux de te compter parmi mes amis.

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