À propos de de l’hyper-parentalité (2)

À propos de de l’hyper-parentalité (2)

 

 

Ce que nous nommons hyper-parentalité constitue un excès d’exigences et de surveillance envers les enfants et les adolescents; ainsi le parent devient trop contrôlant, ce qui rend les jeunes rebelles ou non confiants ; ce type de parent exige des résultats excessifs.

Les hyper-parents tiennent leurs enfants à l’abri de tous les dangers, ils font souvent les choses à leur place pour éviter les erreurs,  ils les éveillent et les stimulent dès leurs premiers mois de vie par peur qu’ils ne ratent des chances de réussite, surveillent leur parcours scolaire, multiplient les cours et les activités parascolaires, contrôlent leurs amitiés, évaluent constamment leur développement en le comparant avec celui des autres enfants.

Catherine Cloutier, psychologue (1), note que le fait de couver outrageusement nos enfants d’attentions affectives en les surprotégeant constamment au point que les temps libres n’existent pas pour leurs enfants. Dans leur agenda, tout est «booké». Plus on court, mieux c’est perçu. Souvent, le temps libre peut être vu comme étant non productif. Pourtant, avoir trop d’activités peut aussi être nocif. L’épuisement guette ces familles et particulièrement les enfants.

Carl Honoré, dont nous évoquions le livre Laisser les enfants tranquilles ! dans le précédent article,  appelle ces parents les parents hélicoptères qui regardent constamment par-dessus l’épaule de leurs enfants.

Ce qui l’a le plus surpris dans l’abondant courrier reçu depuis la sortie de son livre en Grande-Bretagne, c’est le nombre d’ados qui lui demandait d’écrire directement à leurs parents. Cela signifierait-il que le débat est impossible au sein de la famille ?

C’est le fait d’une génération coachée, for-ma- tée. La volonté d’amener nos enfants de l’enseignement général à l’université. En dehors de cette recette, c’est l’échec assuré.

Heureusement, nos enfants ne sont pas des produits. Les grandes entreprises elles-mêmes ont besoin de recrues qui sortent du moule. L’autre danger, c’est que l’on investit des moyens considérables sur une élite, et que l’on juge ceux qui n’en font pas partie comme une menace.

Et  Carl Honoré de poursuivre : Je dirais vers la fin des années 1980 et le début des années 1990, quand la culture de la consommation, qui impose l’idée de la perfection, a atteint son apogée : on a alors désiré un enfant parfait au même titre que l’on a voulu un sourire parfait. D’autres paramètres sont intervenus : le monde du travail est devenu plus précaire, le nombre d’enfants par famille a diminué, rendant chaque progéniture plus précieuse. Les femmes sont devenues mères plus tard. Par ailleurs, on a commencé à agir à la maison comme au bureau, avec une débauche de moyens et en ne laissant aucune place à l’improvisation. 

L’hyper-parentalité n’est pas une solution.

Un enfant élevé dans un cocon risque d’être mal dans son corps, de se nourrir mal, trop, ou les deux, précise Catherine Cloutier. L’hyperstimulation peut générer chez lui du stress et de l’angoisse qui peuvent virer à la dépression. L’autre risque de cette surveillance permanente est que l’enfant se sente perdu une fois parti du nid. Dans les universités, il arrive que des étudiants téléphonent à leurs parents pour qu’ils les aident à répondre à leur professeur. Ou, plus tard, que des parents accompagnent leur rejeton à leur premier entretien d’embauche … On formerait ainsi une génération d’assistés?

Eviter le piège de l’hyper-parentalité

1. Pas de formule parfaite.

Chaque parent agit en matière d’éducation dans le doute : il faut simplement se protéger du bombardement de conseils, car les pressions viennent de partout: de la publicité, des hommes politiques, des associations sportives, du monde du travail, de plus en plus exigeant. Il faut s’isoler de ce bruit. Nous connaissons nos enfants mieux que quiconque. A nous d’apprendre à les lire. C’est ce que rappelle Catherine Cloutier.

2. Si tu t’ennuies … C’est ton problème !

Les enfants doivent réapprendre à jouer seuls, à s’ennuyer. Ils nourriront leur imagination.  Carl Honoré rappelle qu’ aux Etats-Unis, les enfants reçoivent en moyenne 75 nouveaux jouets par an. Et ils trouvent le moyen de s’ennuyer ? Allons… On tombe dans l’absurdité et dans l’obscénité. Idée à creuser : j’impose une heure et demie par jour sans jeu électronique, sans activité organisée. Je n’ai rien contre la PlayStation. Je pense simplement qu’il faut trouver un équilibre entre les jouets simples et les outils technologiques. Devant une feuille d’arbre, un flocon de neige, un bout d’écorce, l’enfant est capable de bâtir tout un univers. Pourquoi le priver de ce plaisir-là? 

 3. Comment ne pas vivre à travers les succès de mon enfant ?

Comment l’aimer sans l’investir de toutes mes attentes ?   Nous sommes dans une société du culte de la performance, de la course à l’excellence, basée sur la peur de l’avenir, la peur de l’échec. Cette réalité nous empêche de reconnaître le droit à l’échec  à notre enfant. Au risque de passer à côté de sa personnalité, de l’empêcher de se développer selon son rythme et de s’épanouir à sa manière. De même, rien n’est trop beau, trop cher pour notre enfant, le rendre heureux devient le centre de notre vie.
4. Et si je ne vis que pour mon enfant ?

Comment rester soi-même? Comment continuer à être un modèle ne pas laisser la place centrale à un être qui doit se développer? Comment être présente et non « à disposition » ?  Comment ne pas faire peser sur leurs épaules tous nos désirs inassouvis ? Catherine Cloutier ouvre une piste : En prenant peu à peu distance, en retrouvant des plaisirs personnels, en trouvant des relais, venez explorer avec moi, le « modèle » que vous pouvez être pour votre enfant.  Une maman qui vit sa vie, par rapport à laquelle il peut se construire, en confiance. 

5. Utiliser les supports qui existent : services offerts par les écoles, les centres de la petite enfance, les services sociaux, communautaires pour les loisirs n’enlèvent pas aux parents la responsabilité s’éduquer leurs enfants mais permet aux parents de souffler, de prendre du recul en gagnant du temps pour se régénérer.

A la semaine prochaine.

(1) Catherine Cloutier est psychologue formée à l’université. Spécialisée en psychothérapie : problématique chez l’adulte de la gestion de la colère, dépendance affective, dépression et anxiété