Le livre CULTURES ADOLESCENTES, sous la direction de David LEBRETON, paru en 2008, a provoqué en moi un électrochoc.

Le modèle installé depuis MAI 68 s’accommodait parfaitement des adolescents pourvu qu’ils soient, tout à la fois, intégrés et révoltés, précise l’auteur du livre. Aujourd’hui, le modèle est tout autre, les ados sont en mode indifférent-agressif.

Un ado témoigne dans ce livre : « Je suis à l’école, dit l’adolescent, parce que je ne peux faire autrement. Ne me demandez pas de m’intéresser à ce que vous y enseignez. Et estimez-vous heureux si je fournis le travail nécessaire pour limiter les dégâts. Mais, bien sûr, je revendique aussi le droit de rester là sans faire le moindre effort, et ne vous avisez pas de m’en faire le reproche : ce serait une provocation inutile et je ne pourrai y répondre que par l’agression ».

David Breton explique qu’aujourd’hui, l’ado associe la dévotion à la culture sociale et le refus de la culture scolaire. Il ne peut donc que rencontrer l’hostilité de ses professeurs. L’adolescent des années 1960 lisait Sartre et Camus – bons élèves par excellence – et contestait la “société de consommation”. L’adolescent d’aujourd’hui veut son lecteur MP3, son IPOD, passe des heures devant YouTube, devant Instagram, WhatsApp et trouve profondément ridicule de manifester le moindre intérêt pour les savoirs scolaires.

L’école secondaire, face à cette réalité, doit devenir ce qu’il aurait toujours dû être : un lieu de travail individuel et collectif pour les élèves. Un lieu où les temps d’enseignement sont des temps d’écoute active inscrits dans un projet de restitution explicite ou, mieux, d’élaboration nouvelle. Un lieu où l’on se confronte, en classe, avec des tâches exigeantes que le professeur accompagne au coude à coude : faire une dissertation, un dossier, un exposé, une enquête, une expérience, une recherche.

Paulo FREIRE, pédagogue brésilien, dénonçait la pédagogie bancaire – c’est ainsi qu’il l’appelait – c’est-à-dire, arrêter d’échanger les connaissances contre des notes et s’en tenir à une monétisation absurde des savoirs : « Tu as bâclé ton travail, tu as une mauvaise note ».

Jules BOULARD, professeur puis préfet d’Athénée, aujourd’hui retraité, corrigeait deux fois les travaux. Une première correction pour conseiller les élèves avec des propositions concrètes pour améliorer le raisonnement, le résultat, … La seconde correction portait sur les améliorations apportées par l’élève.

À terme, l’école secondaire devrait proposer aux adolescents une “pédagogie du chef-d’œuvre” systématique : apprendre à partir de projets dont la réalisation suppose des acquisitions intellectuelles essentielles, à partir de projets qui leur permettent de s’investir dans la durée, de se mettre en jeu dans une activité dont ils puissent revendiquer le résultat. Se donner des défis, être fier, même mezza voce, de ce qu’on est parvenu à faire : devenir l’auteur de son travail, c’est apprendre à devenir l’auteur de sa vie[i].


[i] Ph. Meirieu, Adolescent à l’école : est-ce possible ?, in D. Le Breton (dir.), Cultures adolescentes – Entre turbulence et construction de soi, Paris, Autrement, coll. Mutations, 2008